12 décembre 2006

Petite ode au féminisme, et autres causes perdues



[ - M'aimeras-tu enfin, si je trace jusqu'à ta bouche un chemin de mes dents? ]

 

Il y avait bien eu Hendrix gratté à la sèche par les doigts agiles, et des heures plus tôt, les Girls on top sur la scène, où les yeux voulaient hurler et les bras jaillir de la poitrine pour agripper les éfluves volatiles gueulées dans les micros. Laissant s'appesantir les cerveux aux oreilles saoules dans la bière bue au goulot, on pense aisément que le punk est une excellente raison de sortir de sa léthargie pour vivre un peu.

Des signes amicaux jetés derrière l'épaule entre deux chansons, comme on s'encquiert du temps qu'il fait, un vague sourire, pas même de sympathie, juste l'expression d'une mouvance collective,"ça me plaît, et à toi?".

Le chemin du retour. On bat le pavé froid, à quatres pieds au lieu de deux, marche en cadence  improvisée.

A la place où ce matin, une jeune fille recroquevillée poussait des cris de bête en claquant des mâchoires, mordant les mains à qui prétendait contenir sa folie, plus guère de mouvements désordonnés, mais la lumière grise d'un réverbère. Taggé. Les têtes se brisent où les masses immobiles restent à manger du bitume.

L'escalier étroit est gravi, celui où les pieds dérapent et par lequel je pense déjà qu'il ne sera pas aisé de s'enfuir. Oh, juste une pensée, comme ça, au hasard.

Il y a le café noir dans les tasses sales, les mains qui tremblent mais on se détend tandis que l'heure passe, puis la balade avec la chienne, et.

Le coeur qui tape, le piège se referme. On était bien, pourtant.

Dans la nuit, j'étrangle les pleurs aux cordes suspendus. J'encage mes peurs, modelées en sourires-barreaux que les creux avides s'y cognent dans leurs assauts barbares.

L'être muré en refus, je guette l'aube, défiant à bras nus testostérone et panique.

Le loup s'éveille passé minuit.

Je n'étais pas vêtue de rouge ce soir là, il n'y a pas de princesse en basket et je m'en foutais des regards.

Peau de lait, répète la voix. Peau de lait. Si j'avais été mate, c'aurait été chocolat.

Les heures filent, les doigts rampent, les coeurs s'émiettent avec les résistances.

La cassure intérieure au matin. Le corps et l'esprit las, épuisés par six heures de rejet et de lutte, de peur ravalée, transfigurée en paroles continues.

Plier bagage, l'air détaché, mais la voix s'étrangle aux souvenirs et l'ivresse du manque de sommeil acceuille bien les larmes. Il répondra "dommage" à mon claquement de porte. Puis la nausée.

Va te faire foutre. Va te faire foutre.

Une fille ne peut pas dire non.

Ou bien c'est une délicate, une chichiteuse, une frigide, une coincée, une salope, une allumeuse.

Mais les putes, c'est pas nous. C'est eux.

J'préfère être conne plutôt qu'être con.

(Les Guerilla Poubelle, qui ont tout compris.)

Posté par Chiromancie à 20:19:02 - Commentaires [2] - Permalien [#]


Commentaires sur Petite ode au féminisme, et autres causes perdues

  • .

    Et rien de plus ? Pas d'avant à découvrir, de janvier à lire ?

    "Dommage".

    Posté par Lucie, 29 janvier 2007 à 20:54:36 | | Répondre
  • Une morsure

    Me voilà face à vous, ni à ma place, ni à la votre, mais si vous ne semblez croire être méliorative, certains pourront l'être sur vos écrits...Courage.

    Posté par Loïc, 12 août 2007 à 21:28:59 | | Répondre
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